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MAROC ET MAROQUINERIE

MAROC ET MAROQUINERIE

Lorsque j’étais sur les bancs de l’Institut Français de la Mode et que j’apprenais à analyser les plans de collection des illustres marques de mode parisienne : Louis Vuitton, Hermès, etc, le mot maroquinerie revenait régulièrement. Le cours sur le CUIR finit d'aiguiser ma curiosité. Pourquoi le Maroc a-t-il donné son nom au métier du cuir ?

C’est un peu mon mémoire de fin d’étude, que j’entamais là sans le savoir. Il faut dire que mon grand-père maternelle a longtemps été maroquinier chez les KHARAZINES (artisans du cuir au Maroc) et que depuis lui dans la famille, la maroquinerie n’existe plus...

Le Maroc fut reconnu dès le XIième siècle pour sa maîtrise du travail des peausseries. Les fameuses tanneries de Fez et également de Marrakech. Le mot cordonnier vient de la ville de Cordoue, qui bénéficie sous l'occupation arabo-musulmane du savoir-faire des artisans du cuir au Maroc.

Très bien, comment expliquer alors qu’aujourd’hui il n'y ait aucune enseigne de renom marocaine offrant des collections de maroquinerie à la hauteur de cette reconnaissance passée ? Le premier point est qu’actuellement le Maroc exporte ses plus belles peaux.
Tout est question de marché. Intégrer les belles peaux sur les produits marocains en augmenteraient les prix. Hors les clients locaux et surtout les clients étrangers et les touristes ne sont pas véritablement prêts à acheter des produits artisanaux marocains de bonne facture.

Un jour, un amoureux parisien du Maroc, m'expliqua qu'il ne fallait pas que les prix des produits marocains flambent.
Le cercle vicieux est là. L’artisanat marocain est pris au piège de sa vulgarisation sur l'autel du cadeau de voyage touristique.
Les cuirs de la médina sentent la chèvre, car les méthodes de tannage les plus économiques ne permettent pas d’en retirer l’odeur.
Les couleurs vives déteignent, car les colorants les plus qualitatifs sont les plus coûteux. Il n'y a pas de miracle, c’est du bon sens paysan. Si un bazariste sait qu'un touriste ne paiera pas plus de dix euros une paire de babouche. Il est impossible de faire cette paire de babouche avec un cuir de bonne facture.

Parallèlement à cela, il y a le temps de la création et de l’innovation. C’est l'autre cercle vicieux de l’artisanat marocain. Certains objets sont emblématiques, au point où ils sont devenus des produits figés. Les artisans ne veulent pas prendre le risque de la nouveauté.
L’innovation, la création, c'est aussi le risque de ne pas vendre un produit en décalage avec les attentes du marché.

C’est ce qui fige en partie l'artisanat marocain. Les classiques sont nécessaires, ce sont la base, les fondements de la culture marocaine. On ne crée rien ex nihilo. Cependant, les artisans ont besoin de créateurs pour faire bouger les lignes. Les deux ont besoin de points de vente éthiques et de bonne facture où l'on prend le temps d’expliquer les produits. C’est ici tout l’enjeu de ma Rue des consuls : proposer des produits, qui ont une histoire et un sens... C’est là, la plus belle des ambitions que je confesse sans rougir.
Ma volonté n’est pas de monter en gamme pour augmenter ma marge (ce n’est pas forcément le cas si l’investissement en matières premières et en savoir-faire est honnête), mais de monter en gamme pour permettre aux artisans de travailler dignement sans avoir à se transformer en bazaristes...

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