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LA PATINE

LA PATINE

Après onze mois passés dans une banlieue à l’architecture d’une fadeur déconcertante pour ne pas dire moche...
(C’était à en oublier les bords de Seine d’une beauté égalant ceux de Châtou ou Croissy. Les urbanistes et sociologues nous expliquent qu’à l’époque, il y avait tout le confort, l’eau chaude, etc. Oui, mais ce n’est pas parce qu’une voiture à la climatisation, qu’elle a le droit d’être laide. Aucun de ces urbanistes ou architectes ne s'est un jour imaginé vivre dans ces barres staliniennes.)

Le Maroc et sa patine devenaient une véritable bouffée d’oxygène....
Pas une maison de la médina de Rabat n’était la copie de sa voisine. Cette idée d’unicité me plaisait, le droit d’être différent de son voisin, de dérouler son propre nuancier.

Mes grands-parents maternelles ont longtemps vécu dans une maison de la médina.
De retour en France, j'expliquais à mon institutrice que la maison de grand-mère était magique, parce qu’elle n’avait pas de toit.
Celle-ci, un peu intriguée, demanda à ma mère ce qu’il en était. Je parlais en fait de la cour intérieure de la maison, où l’été ma famille s’installait.
(C’était beau, mais il n'y avait pas la climatisation !)

J’aimais les carreaux de zellige vieillis, la hauteur sous plafond des deux pièces qui servaient de dortoir, les murs de chaux, de tadelakt, etc.

Mais un jour, ma grand-mère a eu raison de mon grand-père. La famille déménagea pour un appartement dans un immeuble des années 50 du quartier de Hassan.
Un drame pour moi l’été suivant. J’étais en colère, j'en voulais à ma grand-mère.
Pourtant celle-ci était tellement fière de nous faire visiter sa nouvelle maison, qu’elle s'imaginait offrant le même confort que celle que nous avions laissé en France. Elle n’avait pas tort. J’ai tout de même fini par lui dire que la maison de la médina me manquait. Elle me répondait qu’à elle, cette maison ne lui manquait pas.
Que l’hiver, ils avaient très froid (tout de suite la maison sans toit devenait nettement moins sexy...), ils devaient faire des réserves d’eau qui l'ont épuisées...

Il m'a fallu du temps et surtout venir en hiver, pendant la saison des pluies pour comprendre le point de vue de ma grand-mère.
Mais la patine me manquait, la vie en médina, l’odeur du bois, etc.

Je respecte le choix de ma grand-mère. Je nourris donc mes besoins de patine et de vécu autrement...
C’est pour ainsi dire en respectant ma famille, que j'ai décidé de m'approprier le Maroc. Ne pas les rendre responsables de mes frustrations ou attentes. Après tout, je n'avais pas à leur imposer de rester figés dans un temps et un mode de vie qui semblaient les avoir usé.

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