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ATTENTION TANGER

ATTENTION TANGER

Petite fille, Tanger représentait la première ville marocaine après une période de onze mois en France. A 250 km de la capitale, mon père ne nous a jamais laissé l’opportunité de découvrir la ville. Une fois la douane passée, c’est la dernière ligne droite jusqu’à Rabat, son Maroc, sa famille, son enfance et celle de ma mère également.
Au retour, les vacances d’été écoulées, elle devenait la dernière ville marocaine. Là où mes parents reprenaient difficilement mais avec obligation leur souffle coupé par la séparation. Ces mêmes 250 km se transformaient au retour en chemin du spleen. Mes frères et moi, impuissants, respections en silence leur douleur. Seule Oum Kalthoum avait le droit de briser ce mutisme. Le jour où mon niveau d'Arabe m'a permis de comprendre les paroles d’Oum Kalthoum, je me suis dis que ce choix musical n'a pas aidé mes parents. C’est beau certes, mais pour apporter de la légèreté... comment dire ce n'est pas la programmation idéale. Au contraire, cette artiste a une voix qui intensifie les peines...

Des années durant, j’ai eu la frustration de Tanger, de la limiter à ce mouvement pendulaire, à notre douloureuse et laborieuse transhumance.

La Rue des consuls m'a permis de venir à Tanger pour autre chose qu'« arriver » ou « repartir », enfin « découvrir ».

C’est ainsi que Tanger se dévoile à moi... la place du grand Socco (grand souk), le petit Socco, la cinémathèque réouverte grâce à la photographe franco-marocaine Yto Barrada.
Je suis alors enceinte de ma fille, le parfumeur Madani et son essence de ouad me sauve des nausées, qui commençaient à empoisonner mon rendez-vous avec Tanger.

Dans ce périple touristique, avouons-le, je me retrouve au Café Hafa.
Hafa : c’est la falaise, le ravin... J'ai très vite le souffle coupé. Ce n'est pas le vertige, mais la vue de ces hommes assis face à la mer et surtout face à l'Europe.
Si mon père avait été tangerois, c’est ici que jeune homme, il aurait attendu son départ pour la France.
Un départ qui se traduirait par une autre attente de l’autre côté de la mer méditerranée quelques années après... Vous savez la voiture avec Oum Kalthoum en bande son.

Je veux partir, voir autre chose que des hommes qui attendent. Je cherche, j'avais noté quelque part dans un de mes nombreux petits cahiers : trouver le quartier des tisserands.

Je repars dans la médina, je finis par trouver l’impasse des tisserands. Je reprends espoir, des hommes sont attelés à leur métier à tisser. Beauté du geste que celui de la cannette, qui va et vient. Ce mouvement pendulaire là ne coupe aucun souffle. L’étoffe qui en ressort, rend ce geste vertueux. Je suis apaisée. Ces métiers à tisser brisent la logique du désoeuvrement et de l'attente veine.
Je discute tissage, matière, création... Je ne suis pas la première à solliciter leur savoir-faire : des architectes d'intérieur parisiens, des stylistes suédois, des créateurs japonais, etc. Mon grand-père me disait que l’artisanat, un savoir-faire habille l'homme de sa dignité...

Merci grand-père...

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